Objet
La labba, collier-plastron
اللبّة
Piéce maîtresse de la parure yéménite, la labba se construit en registres superposés. Voici comment se lit ce plastron d'argent, de corail et de cornaline.
Une pièce maîtresse de la parure
La labba est le collier-plastron qui couvre la poitrine de la mariée yéménite. Elle se construit en registres superposés : des rangées de petites boîtes d'argent, de perles et de pendeloques, assemblées jusqu'à former une véritable cuirasse d'orfèvrerie. Plus la labba compte de registres, plus elle dit la richesse de la famille qui l'offre.
Comment se lit le plastron
Le haut du collier rassemble souvent des boîtes-amulettes, parfois destinées à contenir un texte protecteur ; en dessous se déploient les rangs de pendeloques, disques filigranés et clochettes qui tintent au mouvement. Le corail rouge et la cornaline, intercalés entre les éléments d'argent, ajoutent la couleur et la valeur symbolique à l'ensemble.
Une dot que l'on porte
Comme la plupart des grandes parures yéménites, la labba était autant une réserve de valeur qu'un ornement : une banque portative, faite pour étre portée, montrée et, au besoin, refondue. C'est pourquoi les exemplaires anciens et complets, à tous leurs registres, sont aujourd'hui rares et recherchés.
Le corail et la cornaline, couleur et protection
Si l'argent donne à la labba sa structure, ce sont le corail rouge et la cornaline qui lui donnent sa vie. Le corail, importé de Méditerranée par les routes du commerce, et la cornaline, polie en perles chaudes, n'étaient pas seulement décoratifs : on leur prêtait le pouvoir d'écarter le mauvais œil et de favoriser la fécondité. Leur disposition entre les éléments d'argent obéit à une grammaire précise, où chaque couleur a sa place et son sens.
La main des orfèvres juifs
Jusqu'au milieu du XXe siècle, l'essentiel de l'orfèvrerie yéménite était l'œuvre des artisans juifs du pays, maîtres du filigrane et de la granulation. La labba, comme la janbiya, sortait de leurs ateliers de Sanaa et des bourgs alentour. Leur départ, après 1949, a interrompu une transmission de gestes presque ininterrompue — ce qui explique pourquoi les pièces anciennes, complètes et bien conservées, ne se refont plus aujourd'hui.
La pièce la plus chérie
De toute la parure yéménite, c'est la labba de Sanaa — le plastron de mariée — que les sources tiennent pour la pièce la plus précieuse et la plus chargée de sens.1 Portée au jour des noces, elle résumait à elle seule le rang d'une maison : la dot rendue visible, l'argent d'une vie suspendu à la gorge. Sa variante la plus célèbre, la labba ajourée dite « shabek », légère comme une toile, comptait parmi les ouvrages les plus admirés des ateliers de la capitale.
Comment s'assemblent les parties
La force de la labba tient à son montage. Les rangées de boîtes, de perles et de pendeloques sont reliées par des chaînes de maillons en huit, la methamāna, soudées au borax de manière à rester souples sans se rompre.2 Chaque registre est bâti séparément puis joint aux autres, si bien qu'une labba ancienne et complète montre une cohérence d'usure et de patine d'un rang à l'autre — accord qu'un remontage tardif reproduit rarement.
Signature, poinçon et valeur aujourd'hui
Les labba les plus recherchées sont les plus anciennes : pièces du XVIIIe siècle signées ou poinçonnées au nom de l'imam, dont quelques-unes sont entrées dans les grandes collections publiques.3 Une labba qui garde tous ses registres, ses pierres d'origine et une patine continue vaut bien davantage qu'un assemblage refait, et c'est pourquoi les collectionneurs préfèrent les ensembles complets et intacts — ceux, précisément, qui ont échappé au creuset.
Notes
1 Sur la labba de Sanaa comme pièce la plus prisée, voir Ransom, Silver Treasures from the Land of Sheba, et Klein-Franke, « Silver and Gold Cuirass of Mail (The Labbe Necklaces). »
2 Sur le montage et les maillons methamāna, voir Heimberg, Filigran und Granulation, et Ransom, Silver Treasures.
3 Sur les pièces anciennes signées et poinçonnées et leur valeur, voir le catalogue Treasures of Yemenite Silverwork du Musée d'Israël.
Sources choisies
Ransom, Marjorie. Silver Treasures from the Land of Sheba: Regional Yemeni Jewelry. Le Caire : AUC Press, 2014.
Klein-Franke, Aviva. « Silver and Gold Cuirass of Mail (The Labbe Necklaces). » Dans Ma'ase Rokem. Tel-Aviv : E'ele BeTamar, 2008.
Musée d'Israël, Jérusalem. Treasures of Yemenite Silverwork (exposition). 2015.