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Objet

La janbiya et son argenterie

الجنبية وفضّتها

La janbiya n'est pas une arme mais un rang que l'on porte à la ceinture. Le manche en dit l'essentiel ; le fourreau, lui, appartient à l'orfèvre.

Vieille ville de Sanaa, berceau des orfèvres de la janbiya yéménite
Sanaa, où les ateliers d'orfèvres ont longtemps garni les janbiya des notables.

Le manche dit la place

Le rang se lit au manche. Le saifani, taillé dans la corne et translucide, jauni par l'âge, distingue les notables ; viennent ensuite l'asadi verdâtre, le zaraf plus clair, puis la corne sombre et le bois. Plus la matière est rare et translucide, plus haut se lit le rang de celui qui la porte.

Le fourreau, ouvrage d'orfèvre

Si le manche dit le rang, le fourreau dit la main. Sur une âme de bois, l'orfèvre soude des plaques d'argent filigrané, ciselées de motifs géométriques et de rinceaux floraux. C'est là, bien plus que sur la lame, que se juge l'atelier : la finesse du filigrane, la régularité de la granulation, la façon dont la lumière se plie sur le métal.

Une pièce à lire avant de l'acquérir

Pour le collectionneur, une janbiya ancienne se évalue sur l'accord du manche et du fourreau, la patine logée dans les creux du filigrane, et la cohérence du titre de l'argent. Une garniture trop neuve sur un manche ancien, ou l'inverse, trahit souvent un assemblage tardif.

Du Nord au Sud, des garnitures différentes

La janbiya ne se porte pas de la même façon d'une région à l'autre. Dans les hautes terres du Nord, autour de Sanaa, la lame se redresse presque à la verticale et le fourreau se charge d'un argent dense, profondément filigrané. Vers le Sud et le Hadramaout, la courbe s'assouplit et l'ornement se fait plus sobre, laissant respirer le métal. À l'œil exercé, la silhouette d'une janbiya suffit souvent à situer son origine.

Porter et conserver une pièce ancienne

Suspendue à une ceinture brodée, la janbiya se portait bien au centre du corps, signe que l'on n'avait rien à cacher. Pour le collectionneur d'aujourd'hui, une pièce ancienne demande surtout d'être tenue au sec : l'argent filigrané retient l'humidité dans ses creux, où la corrosion s'installe sans bruit. On évite les produits abrasifs, qui effacent la patine — précisément ce qui fait la valeur d'une garniture d'époque.

Plus qu'une lame : le culte de la janbiya

Les chercheurs qui ont examiné de près la janbiya y décrivent un objet plus proche du culte que de l'arme. Sa place au centre même du corps, les serments qu'on prêtait sur elle et son rôle dans l'arbitrage tribal lui donnaient une charge que les armes ordinaires n'avaient jamais.1 Le poignard scellait réconciliations et mariages ; le dégainer par colère était un acte grave, et le céder, c'était céder l'honneur. L'argent du fourreau n'était donc pas un simple ornement, mais la mesure visible du rang d'un homme et de sa parole.

Le commerce du saifani et son prix

Les manches les plus convoités n'étaient pas d'argent mais de saifani, matière translucide dont la qualité la plus fine était la corne de rhinocéros importée d'Afrique de l'Est à travers l'océan Indien. Sa rareté faisait des grands manches des objets de commerce lointain et, au XXe siècle, de préoccupation pour la conservation, la demande de manches de janbiya ayant été liée à la pression sur les populations de rhinocéros.2 Un vieux manche de saifani aux tons de miel pouvait valoir bien plus que l'argent qui le montait, raison pour laquelle ces manches étaient transmis, remontés et parfois imités en corne teintée ou en plastique.

Où sont allés les poignards

À mesure que les anciennes élites du Yémen se dispersaient et que les goûts changeaient, bien des janbiya montées d'argent quittèrent le pays. Certaines furent démontées — l'argent fondu en lingot quand les prix montaient, le manche précieux récupéré et revendu — tandis que les exemplaires les plus complets et les plus finement ouvragés étaient rassemblés par les musées et les collectionneurs à l'étranger.3 Aujourd'hui, la plus haute valeur revient aux pièces anciennes qui conservent intact l'accord d'origine du manche et du fourreau, avec une provenance documentée.

Notes

1 Sur le rôle symbolique et rituel du poignard, voir Schuyler Cammann, « The Cult of the Jambīya: Dagger Wearing in Yemen » (University of Pennsylvania Museum, 1977).
2 Sur le saifani, la corne de rhinocéros et le commerce de l'océan Indien, voir Ransom, Silver Treasures from the Land of Sheba.
3 Sur la refonte en lingot et la survie des belles pièces par les collectionneurs et les musées, voir Ransom, Silver Treasures.

Sources choisies

Cammann, Schuyler. « The Cult of the Jambīya: Dagger Wearing in Yemen. » Expedition (University of Pennsylvania Museum), 1977.
Ransom, Marjorie. Silver Treasures from the Land of Sheba: Regional Yemeni Jewelry. Le Caire : AUC Press, 2014.


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